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CONSTRUCTION DE L’OUVRAGE : LE MERBLEX

Le Merblex comporte plusieurs niveaux de lecture.
1) Au premier degré on retiendra principalement l'histoire d'un enfant rejeté par sa mère, voir maltraité, qui se construit un monde refuge dans lequel il se sent accepté, et dont les symboles lui permettent de se fonder l'équilibre dont tout individu a besoin pour être.

2) Symboliquement cet ouvrage est un parcours initiatique, bâti en boucle, sur les principes du « voyage en barque solaire » et la légende d’Osiris à qui l’auteur s’identifie. Au fil des chapitres l’on peut suivre le voyage du héros, à travers une géographie sacrée, par laquelle il nous fait découvrir l’alchimie intérieure qui lui permet de conquérir sa véritable identité et renaître.
Grâce à ce récit, on découvre l’Osiris Christique et ressuscitant des origines. L’auteur invite ainsi le lecteur à dépasser les normes culturelles qui l’ont programmé en lui inspirant des chemins planant par-dessus le savoir matérialiste...

3) Pour exorciser son enfance malheureuse, l’écrivain (scribe) commet un crime : il la met à mort, pour renaître en totalité et en unité. Il transcende ses ressentiments.
Les sujets abordés dans « Le Merblex » sont imbriqués les uns aux autres, stratifiés. Ils traitent principalement de l’enfance maltraitée, de l'amour, de la différence, du conformisme, de l'homosexualité et donne des points de repère.
Mathias contrarie bien des idées reçues au sujet du bonheur, notamment. Il montre comment on transforme un destin voué à l’échec en sublime destin. « Les orchidées poussent même sur les tas de fumier »… ainsi qu’il le dit.

Ce récit décrit probablement la vie de tout homme, en ce qu’elle renferme d’espérances et de désolation. C’est en tout cas un livre de cœur décrivant un processus initiatique - comme un voyage intérieur - puis qui s’élargit au collectif en remuant les archétypes.


PREMIERE PAGE

I

Habitants des scaphandres de chair ! Marcheurs sur pieds des siècles à venir, entendez mon verbe magique et l’histoire d’un Merblex ! Sans doute est-elle un peu la vôtre…
Au début de ma carrière je n’étais qu'un petit scribe, jusqu’à ce que Pharaon m’appelle à la cour et me consacre « Ecuyer tranchant de la place des beautés »… Cela seul, me garantissait un ensevelissement digne d'un prince. Au reste, je n'aurais pas quitté la terre d’Egypte sans la garantie de « mourir en première classe ». Je n'avais lésiné sur rien, ni sur la qualité, ni sur la quantité pour meubler ma tombe. Doit-on se soucier des crises terrestres, lorsqu’il s’agit d’entrer dans la vie éternelle ?
Ma déception fut considérable pourtant, lorsque je passais dans l’au-delà. Les embaumeurs, chargés de préparer ma momie, se comportèrent comme de vulgaires empailleurs ! Ils m'administrèrent trois bains d’aromates, alors que j'avais payé pour quatre, comme le prévoit le rituel du Livres des Morts. Ils m'enserrèrent dans des bandelettes de second prix, alors que je leur en avais fourni du plus fin tissage. Ils trituraient sans ménagement mon enveloppe charnelle. Il s'ensuivit que ma tête se détacha de mes vertèbres ! Allais-je pouvoir renaître en totalité ? Cette question me plongeât dans un état de frayeur épouvantable. Sans doute ces chacals cherchaient-ils à m'estropier pour l'éternité ou ignoraient-ils que les invalides sont refoulés, aux portes de la belle Amenti ?



PREMIERE PAGE CHAPITRE II

II

Enceinte ! De qui ? De quoi ? Pas possible ! Par l’opération du Saint Esprit alors… Pourtant elle avait fait « attention »… Ben fallait croire que non. D’ailleurs, la nature disait le contraire, pareil pour la science. A l’entendre, ce qu’elle allait mettre au monde serait pire qu’un merdeux ! Pire, qu’un morveux ! Ça serait plus grave : un Merblex ! Et ça elle n’en voulait pas. Elle n’avait pas envie de sacrifier sa vie, Clara. Au cours des mois qui me séparaient du monde des « marcheurs sur pieds », amarré au flan de ma mère, je fus comme tout un chacun, graduellement happé par celui des sens. Il ne faut pas moins de neuf mois pour que les organes d’un Merblex, soient suffisamment costauds pour lui permettre de s’incarner. Au terme prévu, je n’eus plus qu’à me transvaser, comme une pâte dans son moule. Il m’arriva cependant de me demander si l’opération réussirait : Ma mère s’amusait un peu trop souvent à faire du gymkhana. Elle sautait, gigotait, tapait sur son ventre en suppliant que « ça » s’arrête, sans toutefois parvenir à me faire partir. Mais peut-être voulait-elle simplement m’entraîner à devenir un robuste bébé ? Toutefois, cette période de mon incarnation étant assez obscure et toute interprétation jugée incertaine, je ne m'acharnerais pas à vouloir la décrire davantage. Enfin, une ultime convulsion comprima mon plexus, ma partie céleste perdit de sa consistance… Je sentis s'éteindre ma lucidité cosmique et je fus définitivement enchâssé dans la glaise.
Maman, intuitive comme nulle autre, ne supprima qu’une syllabe à mon prénom qui devint Henri. En fait la densité vibratoire de l’âme inspire les parents pour nommer leur bambin. Ils répondent ainsi à l’appel d’un esprit en quête d’un corps. La vie est ainsi : Continuelle.

N’empêche qu’elle me fichait la trouille, « La Bouche »... tandis que je clapotais encore dans mon aquarium sans fenêtre. Je l’aurais reconnue entre mille, à cause de la fréquence sur laquelle était accordé le timbre de sa voix.
- Sale moutard ! Mais qu’est-ce que je vais devenir? sanglotait-elle, en se trifouillant le péritoine. C’est du bonheur que je voulais, moi… Jamais elle m’aurait dit : « Coucou, mon petit pinouxe est-ce que tu vas bien ? Est-ce que tu clapotes gentiment dans la petite piscine de ta mère? Clapote, clapote, mon petit têtard, si t’es gentil t’auras du Mozart… »

Et moi ? J’allais devenir quoi ? Hein ? Ca, jamais elle se le demandait La Bouche! Mon destin, elle s’en fichait comme de sa première crotte de nez. D’ailleurs, elle n’accoucherait pas… c’est vêler qu’elle allait faire !


EXTRAITS :

Mais avec elle, pas de trêve, fallait que ça éclate pour que le monde entier se désinfecte.
-Qu’on avance bordel ! que ça avance ! Mon dieu faite qu’on l’attrape ce foutu bonheur, qu’on le coince et qu’on s’en paye une bonne tranche...
Facile à dire... d’ailleurs, La Bouche ne s’unissait pas plus à son mâle, qu’à l’univers... conditions sine qua non pour l’obtenir, ce salaud de bonheur ! Unir et réunir… On les voyait alors se mordre cruellement en bavant grand poison et rage furieuse, n’ayant de cesse qu’ils ne se soient entre tués, par mortelles blessures, dans toutes les parties de leur cœur.
- Non mais… Tu réalises dans quelle situation on est ?
- Tu vas pas en faire une sérénade ? ça n’est qu’une situation ...
- Ne me ressors pas encore ça, hein Simon sinon, tu vas encore me faire bondir !
C’était injecter de la pression dans la dépression en quelque sorte, histoire de décompresser. Nous le savions tous, ô racines du lotus magique. Alors de bondissements en rebondissements tout volait en éclat dans notre mastaba.
- Je ne peux même pas m’offrir un tube de rouge à lèvres, geignait elle...
- Pour aller où donc ? du rouge… questionnait Simon pour la dribbler et verrouiller la passe.
- J’en ai marre moi de tout ça ! On ne va jamais nulle part, et tu ne m’achètes jamais rien…
- Pourquoi ? t’as quelque chose à vendre ? qu’y répliquait, lui, tout souriant.
Tout cela était de ma faute, parce que si j’étais « pas venu au monde », ils ne se seraient pas mariés, voilà ! La Bouche le lui envoyait à la figure à tout bout de champ pendant leurs prises de becs. De trop au monde, que j’étais ! J’empêchais le bonheur d’éclore, y parait ? Mon cœur voltigeait au milieu d’eux, avec des cris perçants comme ceux d’un faucon, pour les prévenir du courroux qu’ils allaient joliment déclencher parmi les divinités, mais ils ne voulaient pas renoncer à la lutte.
- C’est du bonheur que je voulais moi, clamait encore La Bouche

Quand cesseraient-ils de se donner autant de bonheur ? de ce « bonheur » sans heures bonnes ? Ils ne se contentaient pas du bonheur du commun mortel, non... Ils voulaient de l’alchimique ! Fallait tout putréfier jusqu’au trognon et transmuter à mort ! C’est du bonheur extirpé de la pourriture du Soleil et de la Lune ! du caca philosophale ! qu’ils concoctaient ! Rien à foutre du bonheur gnangan ! du bonheur fientifique ! C’est du grand œuvre qu’ils voulaient ! La cause pourquoi fallait plonger au fond des chiottes, glisser par le tuyau de descente, faire « Liège Bastogne Liège » par les égouts, avant d’en ressortir transmuté en s’écriant : « Coucou c’est nous que rev’la ! ça y’est on a pigé… l’enfer c’est du caca ! »
Voilà pourquoi fallait supporter toutes ces ondes, ces fumées venimeuses qui empestaient la maison, pire en poison que n’est la tête mauve envenimée d’un dieu Babylonien.

Je l’attendais moi, je l’appelais de toutes mes forces l’apocalypse. Je voulais la voir crever ! Engloutie la civilisation. Je me gênais pas pour lui prédire d’ailleurs qu’on allait tous y passer et qu’y resterait que dalle de la« poule aux œufs d’or », la « foire aux affaires », la comédie du bonheur, de la modernité, de la science... et tout le truc ! Quand on ferait des fouilles, on retrouverait de nous qu’une poignée d’os... fossilisés qu’on serait... des garnitures de muséum, avec « gibier de pub » inscrit sur l’étiquette !

Tandis que je respirais, couché, assis ou debout, au milieu d’eux, je les observais jouer comme des artistes, la comédie du bonheur. Ils se levaient avec le réveil, alors qu’ils étaient des soleils. Ils habitaient des Maisons-de-Vie, mais aux fenêtres, ils avaient posé des grilles. On pourrait prendre cela pour une vision morbide du monde... Mais, il est bon de lire derrière les signes, parce que le vrai décor c’est l’envers. Ah, s’ils avaient su combien il était pesant de savoir lire derrière leur réalité et décrypter la symbolique de leurs hiéroglyphes, en possédant la science des contraires.


EXTRAIT :

Ceux d’Occident inventèrent le bonheur, à la face des hiérarchies du ciel ; ils voulaient bien faire. Or, regardez : plus il y a de savoir, plus il y a de malheurs. Lorsque j’étais dans mon scaphandre de chair, je lisais dans les signes. De ma place, maintenant je vois les serpentins de vos actions suivre les filières d’un faux bonheur… et tracer les lignes de vos destins dans l’horizon… Il y a des signes dans les signes. Apprenez à les lire ! Vous me dites que vous ignorez ce qu’est le faux bonheur ? Le faux bonheur, c’est quand les hommes de loi sont de mauvais alois et que l’humain blasphème, rien qu’en disant : « Je suis » ; c’est quand on veut augmenter le nombre des bienheureux, mais que l’on augmente celui des chars ; c’est quand l’or devient le but du monde au lieu de permettre de réaliser ses buts ; c’est lorsque l’eau doit être lavée alors qu’elle est source purificatrice.

Le faux bonheur, c’est quand les mendiants n’ont que vingt ans et que leurs maîtresses sont des seringues ; c’est quand la majorité silencieuse mange des yeux les minorités profiteuses ; c’est quand le bonheur n’est plus qu’une affiche et que la démocratie devient la « pubocratie ».
Le faux bonheur, c’est quand………….

CITATIONS :

« Chercher ma place dans le rang : l’horreur ! Devenir un consommateur comme les autres : Plutôt le goulag. Adhérer aux croyances des tièdes, devenir un caméléon, tout cela me débéquetait d’avance. Je devais donc désobéir. Au reste, sans désobéissance, comment pouvait-il y avoir création ? »

2 « Ainsi partout où le modernisme, s’imposait, les commerciaux mangeaient la vie. C'est ce qu'ils appelaient : être réaliste. Mais, le réalisme n’est rien d’autre que d’accepter ce qui est, sans chercher à l’améliorer !
Tous confondaient quantité et qualité ? Salut et bonheur ! Je les faisais bien rigoler avec mes tirades, moi, l'utopiste ! Or, la vraie utopie c'est de croire qu'en parvenant aux positions dominantes de la société des loisirs et de la consommation, on puisse atteindre le bonheur ; comme il était aussi erroné, dans l'antiquité Egyptienne, de s'imaginer que pour jouir véritablement de la « vie éternelle » après la mort, il fallait sur terre s’être fait bâtir un tombeau confortable et de grand prix.»


COMMENTAIRES :

La première qualité de ce livre est l’authenticité, et nous sommes tentés de penser qu’il s’agit d’une autobiographie. Le style est incisif et séduisant ; il sait traiter de sujets graves en conservant un certain humour, parfois grinçant, rappelant qu’il faut savoir serrer les dents pour faire passer un message. Cet ouvrage est un roman, mais où commence la fiction ? L’imagination de l’auteur s’arrête peut-être à la fin du premier chapitre ?
Iconoclaste il l’est c’est certain, ses références sont incontestables. Les éditeurs le disent aussi « inclassable » … il n’a en effet qu’à se féliciter de son coup de plume…"

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